Cette semaine, on reste dans le folk, mais à la française, et avec une pointe d’accent…
Nous sommes donc en juin 91 à Rennes, à l’issue d’une année de prépa école de commerce, pas franchement épanouissante (tu m’étonnes…), mais au
cours de laquelle j’ai quand même fait la connaissance de mecs assez sympas (pas de filles, ohhh non, elles sont encore à l’époque un concept un peu abstrait…), notamment un gars avec qui ça avait plutôt mal commencé.Ce mec, c’est Tuff’ (mon pote Fabrice, celui avec les grosses lunettes sur la photo...) et ma première rencontre avec lui m’a laissé…disons dubitatif : le midi de la 1e journée d’intégration de la prépa, comme tous mes futurs compagnons de galère, je vais déjeuner au RU et je me retrouve à faire la queue juste derrière Tuff’, qui est avec un certain Richard et l’entretient en ces termes : « Non, mais il faut pas se leurrer, on n’a aucune chance d’avoir une bonne école avec seulement 1 an de prépa…Là, il faut se dire on part pour 2 ans. ». Ma 1e réaction en entendant ça, c’est « Putain, c’est quoi ce mec qui casse l’ambiance ! S’il est pas plus positif que ça, c’est sûr qu’il ne va pas aller bien loin, autant qu’il arrête tout de suite ! »…Bon, évidemment, comme je ne suis pas totalement punk, je garde ça pour moi, n’empêche que le Tuff’ est vite catalogué : pas cool, légèrement anticonformiste, fréquentant en plus des personnes pas super populaires…Et comme de son côté, il est plutôt agacé par mon côté « américain », easy-going (je cite…), on ne peut pas dire que cette histoire démarre sur les chapeaux de roux…
Après 9 mois de bachotage, on passe les concours et dans l’attente des résultats, avant de partir passer les oraux un peu partout en France, on a quelques jours de répit, qu’on passe à Rennes, dans une ambiance primesautière plutôt décontractée du flanc (on bossera quand on aura envie de bosser).
C’est dans ce contexte à la cool qu’on se fait une soirée au cours de laquelle Tuff’ apporte sa gratte, pour la 1e fois…
Et là, non content de gratouiller sa guitare dans un coin, il dégaine la voix qui a fait dire un jour à ma mère « Ce Fabrice, il a une voix qui remplit l’espace » (depuis, je n’ai pas trouvé mieux pour la décrire…) et balance « Carte postale » du père Cabrel…
Je ne suis pas un fan transi du barde d’Astaffort, mais ce moment là, c’est comme si c’était hier. Je pense que ça tient autant à la chanson qu’au gars qui l’a interprété ce soir-là, qui n’allait pas tarder à devenir un ami…J’en profite pour dire que je lui dois beaucoup, ne serait-ce que d’un point de vue musical, puisque c’est ce moment précis, entre autres, qui m’a donné envie de me mettre à la gratte…Et c’est pour ça que j’ai pris le temps pour en parler longuement, avant d’en venir à la chanson en elle-même…Alors, cette chanson, justement, qu’est-ce qu’elle a de spécial ? Bon, certes, l’écriture est ciselée, les mots bien choisis, on le devine très bien, ce « hameau, perdu sous les étoiles, avec de vieux rideaux pendus à des fenêtres sales » ; on les entendrait presque, ces « phrases sacrées des grands-pères », ou ces « rires des nuits de moisson »…Y a pas à dire, c’est un poète, le Francis…Mais alors, d’où vient cette impression un peu bizarre que la chanson a mal vieilli ? Il est vrai qu’elle date de 1981 et qu’à l’époque, traiter de l’exode rural était au cœur des préoccupations de la population, il était naturel de s’inquiéter pour « les fermes endormies quand les jeunes partent »…Seulement voilà, à l’heure de la révolution numérique, force est de constater que le sujet n’est pas des plus sexys…On peut le déplorer, mais c’est difficile de le nier. C’est dans ce contexte que le discours « C’était mieux avant » a plus de mal à passer, et c’est vrai qu’une partie du répertoire du Francis tourne autour de ça, même s’il vaut mieux, je trouve, que cette caricature unilatérale qu’on a fait de lui…
En tout cas, il y a 15 ans, on était encore loin de tout ça, le minitel était à son apogée, avoir un discman était l’apanage de quelques avant-gardistes, les Renault 11 étaient à la mode et j’écoutais cette chanson avec un esprit encore pur et vierge…Le fait est que la chanson et le contexte de sa (re)découverte ont engendré un souvenir indélébile, d’autant plus fort qu’il marque à peu près distinctement le début de mon envie de faire de la musique (eh oui, j’ose le dire, je prends position, je suis un vrai gueudin : mes 3 années de flûte à bec quand j’étais au lycée ne comptent pas…). Et rien que pour ça, merci Francis et merci Tuff’ !!! Merci les gars, de la part de ma Guild et moi...La semaine prochaine, il sera question d’anges, d’auberge de jeunesse Irlandaise et de Jeanne d’Arc…
4 commentaires:
je ne connaissais point cette notion de "remplir l'espace" pour le Tuff'. J'en étais resté à "la grosse veine", mais c'est moins efficace au niveau musical. L'est puissante Geneviève ! Quant à l'aspect rural suranné de Fran-ci-seeu', il est vrai qu'en seul fonds de commerce, c'est un peu court, ex-jeune homme. Mais si on dépoussière, ce retour aux roots peut-être plus dans l'air du temps, cf Tryo, "L'hymne de nos campagnes", qui transporte à peu près le même message.
Certes, mais en fumant du pschitt !
j'ai oublié de te féliciter pour les "chapeaux de roux". Très bon ça !!
Un doute m'habite, cependant: ne souhaitais-tu pas faire référence au "complément capillaire" de roux ?
La série, il n'y a que ça de vrai mon gars !! Je me régale déjà des futures livrées musicales (et pas séminales !) que tu vas pondre. Pour faire écho à la découverte du bel organe de Tuff', ce gars il nous a tant fait vibrer qu'il faut absolument organiser un showcase qui le mettrait en valeur , balances du "Creep" Fabulous Fab'.Pour info Nico, je prépare une série musicale un peu dans le style Michael Bolton and Co, livraison 2007. Shussy.
Aaah oui! Raconte-nous encore la Jeanne!
Enregistrer un commentaire