lundi, janvier 16, 2006

Nouveau Parfum


Je fais suite à mon post d'hier...
Pour ceux qui ont des idées de slogans... n'hésitez pas, commentezzzzzzzzz.
Je propose :
"Dakar Noir : le Parfum des aventuriers crétins"
"Dakar Noir : l'effluve du mal"
"Dakar Noir" : Pour aller jusqu'au bout de la Brousse"
"Dakar Noir : toute l'Afrique à votre pogne"...
etc... etc...

dimanche, janvier 15, 2006

Lettre ouverte au Boss

Cher Bruce,

Pour mon retour aux affaires sur ce jbeblog que j’ai malheureusement déserté ces derniers mois, je cherchais un sujet qui me tenait à cœur, j’avais envie de prendre la parole en tant que « fan » (si vous voulez bien me passer ce terme un peu midinette…) de longue date, et je voulais parler musique.
Cela étant posé, le choix de sujets a commencé à se restreindre sérieusement…J’aurais ainsi pu évoquer H-F Thiéfaine, Ben Harper, Bertignac ou encore Miossec (et oui, j’ai toujours eu une certaine tendresse pour le Brestoâââ…), mais ce sera pour une autre fois.
En effet, chronologiquement, ma rencontre musicale avec vous me semble être la plus ancienne de celles qui comptent encore pour moi aujourd’hui…

Resituons le contexte…

Nous sommes en 1988, j’ai dans les 16 ans. Musicalement, je reviens de loin : avant le lycée, je me rappelle avoir acheté une cassette de Genesis (« Invisible touch », pour être précis. Je ne renie pas en bloc, mais je pense que j’aurais du mal à l’écouter aujourd’hui…), et surtout une autre de Richard Marx (« Repeat offender », si je me souviens bien, tout émoustillé que j’étais par le tube lacrymal « Right here waiting »…Là, j’ai plus de mal à assumer…). A ça vient s’ajouter la soupe FM que sert Radio Contact (l’ancêtre briochine [de St Brieuc…] de NRJ, qui arrivera un peu après). Autant dire que je suis encore loin de la rock’n’roll attitude…
Fort heureusement, arrive le lycée et la rencontre avec un copain qui m’initie à Dire Straits : là, je commence à remonter la pente, je m’intéresse au son de la guitare, aux vraies bonnes chansons, à l’instrumentation, etc…Mon identité musicale commence petit à petit à se dessiner, mais je ne suis pas à l’abri d’une rechute : ainsi, toujours pendant l’année de seconde, un autre copain réussit à me convaincre que Barclay James Harvest (groupe anglais qui fait de la musique progressive, une sorte de sous-Queen), c’est vachement bien…

Toujours est-il qu’en ce samedi de 1988, je traîne dans ma chambre avant d’aller à mon entraînement d’athlé (à l’époque, je ne suis pas encore « tout pour la musique », mais plutôt « tout pour le sport »…D’ailleurs, je n’ai appris l’existence des filles que bien après, on ne peut pas tout faire en même temps…), avec RFM en fond sonore (c’était bien avant l’époque « La radio en or », et donc encore écoutable, comme va le prouver ce qui suit), quand soudain… !!!

Une intro lancinante et déchirante à l’harmonica vient de remplir l’espace de ma chambre d’ado ploufraganais…Ni une ni deux, je ne sais pas pourquoi, mais cette chanson que je n’ai encore jamais entendue, en une fraction de seconde j’ai envie de l’enregistrer…Heureusement, je suis un garçon organisé, et j’ai une cassette vierge déjà installée dans mon magnéto : j’appuie sur REC et j’écoute, pour m’assurer que le reste est à la hauteur de la 1e seconde…

C’est donc mon 1er contact musical avec vous, mon cher Bruce, et il s’agit de « The river », ballade à la mélancolie chevillée au corps, tirée de l’album du même nom (sorti en 1980) : l’histoire de 2 jeunes prolos du New-Jersey, trop vite mariés, trop vite parents, trop vite au chômage, avec cette envie d’en finir suggérée dans ce texte d’une grande force…C’est sûr, ce n’est pas « Tirilipimpon sur le Chihuahua » ou « Le petit bonhomme en mousse » : pour le côté gaudriole on n’est pas à la bonne adresse, mais putain, quelle chanson ! En plus, vous l’interprétez (le mot est même faible) de votre voix rocailleuse qui prend aux tripes, soutenu par un groupe où tout le monde est à sa place, où personne n’en fait des tonnes, entre harmonica, guitare acoustique et piano…D’ailleurs, pour vous montrer que je ne suis pas un « fan » au sens « fanatique » du terme, permettez-moi de vous dire que cette sobriété n’est pas ce qui vous a le plus caractérisé à certaines époques, mais j’y reviendrai un peu plus tard…

C’était donc en 1988, mais cette première étape importante n’a pas eu de suite immédiate : il a fallu attendre 1992 et mes grands débuts à l’harmonica pour voir réapparaître cette chanson, et vous avec, dans mon univers musical. En effet, alors qu’on était en Ecole de Commerce avec mon ami Tuff, celui-ci avait organisé une soirée guitare avec une apprenti-chanteuse que je kiffais sévère…Et bien sûr, pour ne pas faire banquette, musicalement parlant, je suis allé m’acheter un harmonica et une méthode 2 ou 3 jours avant, histoire d’emballer avec « Michaël est de retour », Do-Fa-Sol (c’est bien connu, l’harmonica, c’est l’arme au Nico…).
Tout ça pour dire que je n’ai pas conclu avec Céline H, l’apprenti-chanteuse en question (syndrome « friend zone », je pense…), en revanche le duo guitare-harmonica avec Tuff s’est bien installé, et « The river » a été le premier morceau qu’on a travaillé ensemble, et qu’on a joué lors de nombreuses soirées (y compris lors de la soirée café-théâtre, devant toute l’école, ma 1e scène…), dans une version plutôt approximative techniquement (comme en témoignent certains enregistrements de l’époque)…Mais comme ni nous ni la grande majorité de nos « publics » ne s’en apercevait, ça ne gênait personne, et Tuff et moi, on interprétait ce morceau avec une fraîcheur et une candeur plutôt touchantes, quand on y repense…

Mais si vous vous résumiez à un seul morceau, si vous n’aviez été qu’un « one-hit wonder » ou si, au mieux, vous n’aviez sorti qu’un bon album et basta, on n’en serait pas là, je ne serais pas en train d’écrire un article sur vous dans le Jbeblog au lieu de regarder Fogiel en ce dimanche soir…
Ce qui est étonnant chez vous, pour ne pas dire fascinant, c’est la richesse et la variété de votre discographie, entre « Greetings from Asbury park, N.J. » (1973) et « Devils & dust » (2005) : l’encombrant héritage dylanien des tout débuts s’est vite transformé en un talent unique pour raconter l’Amérique des perdants, ou simplement des petites gens, des « blue collars », l’Amérique de ceux qui sont passés à côté du « american dream »…Les années 80 vous ont vu, à l’apogée de votre popularité, incarner à votre corps défendant l’Amérique reaganienne, alors que « Born in the USA », promu comme quasi-hymne officiel par Reagan lui-même (qui n’avait dû lire que le titre), prétendait au contraire traiter des retombées psychologiques de la guerre du Vietnam…L’album « Born to run » (1975) avait déjà de quoi tromper tous ceux qui ne prenaient pas la peine de lire vos textes : ainsi, la chanson titre, sous des dehors d’hymne exalté, était en fait la chronique d’une jeunesse flouée, écrasée par des mythes inaccessibles (l’ « american dream », encore).

Cela dit, pour être franc avec vous, ce n’est pas cette période des années 80 que je préfère, trouvant les arrangements de votre groupe souvent pompiers, et votre look « Rambo » de l’époque, disons…discutable.
En revanche, quand vous revenez en 1994 avec « Streets of Philadelphia », votre son a changé, votre look aussi…Votre charisme et votre talent de songwriter, eux, sont toujours là…C’est particulièrement flagrant quand sort « The ghost of Tom Joad » (1995), album solo acoustique, sous-titré « Douze chroniques sur les oubliés de l’Amérique », où vous évoquez entre autre le fantôme des « Raisins de la colère » de John Steinbeck. Il n’y a pas à dire, quand vous vous installez devant votre 4-pistes avec votre guitare en bois pour parler de la face sombre de votre pays, ce n’est pas gai, mais c’est fascinant…
Et vous enfoncez le clou, dans un autre genre, avec « The rising » (2002), album entier post-11 septembre, où vous parlez de la douleur, de l’absence, mais aussi et surtout où vous exhortez vos compatriotes à se relever de cette épreuve et à regarder devant eux. Encore une fois, la cohérence et la force de cet album, en prise directe avec le peuple américain, sont impressionnantes…

Alors, que retenir de vous, finalement ? Peut-être simplement que vous êtes un raconteur d’histoires hors pair, doublé d’un compositeur extrêmement efficace…J’ai encore pu le constater très récemment, alors que j’étais tombé, au hasard de téléchargements sur Shareaza (je sais, c’est pas bien), sur l’émission « Storytellers – VH1 », qui se trouve être ce que j’ai vu de plus fascinant depuis longtemps en matière d’émission musicale. Le concept est d’une simplicité biblique : pas d’animateur, un public respectueux qui ne joue pas aux otaries pavloviennes, et un songwriter confirmé vient jouer certains de ses morceaux en solo et surtout les expliquer (inspiration, contexte de l’époque, références, etc…). Autant dire que vous êtes le client idéal pour une émission de ce genre, et que vous voir reprendre en acoustique certains de vos hymnes des années 80 (« Thunder road », « Born to run », entre autres), tout en faisant preuve de pas mal d’auto-dérision sur certains textes de l’époque, eh bien ça m’a tout simplement scotché…

Il y aurait beaucoup à dire encore, mais je vais conclure en mentionnant un autre bootleg récupéré sur Internet : il s’agit d’une séquence vidéo où on vous voit improviser un petit concert dans une rue piétonne de Copenhague, en vous joignant à un guitariste de rue à qui ça a dû faire tout drôle de voir débarquer le Boss, pour un « The river » en duo…Tout ça pour dire que si vous passez par Paris, n’hésitez pas à aller vous balader sur les quais, du côté de Notre-Dame, on ne sait jamais, j’y traîne parfois…(après tout, le 21 juin dernier, on a bien eu Moby qui est passé devant nous à cet endroit…)

"Ils auraient voulu qu'on continue"

J'étais parti pour déverser ma bile haineuse sur le "Dakar" suite aux "accidents" des jours précédents. Et je ne fais pas référence au malheureux motard australien, (RIP) qui lui, au moins, avait signé, et était venu là pour droper le Djebel, avaler du sable. Mordre la poussière.

M'est alors revenu à l'esprit le texte de la chanson de Renaud.
Celui-ci, avant de nombriliser, de truster les Unes de Paris Match et de sombrer dans une "tonton mania" qu'on ne diagnostique que chez les plus extrêmes fanatiques encartés, a accouché de textes excellents.
Etait-il besoin de le rappeler ?


"Cinq cents connards sur la ligne de départ
Cinq cents blaireaux sur leurs motos
Ça fait un max de blairs
Aux portes du désert
Un paquet d'enfoirés
Au vent du Ténéré

Le rallye mécanique
Des Mad Max de bazar
A r'commencé son cirque
Au soleil de janvier

Vont traverser l'Afrique
Avec le pieds dans l' phare
Dégueulasser les pistes
Et revenir bronzés

Ravis de cet obscène
Et pitoyable jeu
Belle aventure humaine
Selon les journaleux

Cinq cents connards sur la ligne de départ
Cinq cents couillons dans leurs camions
Ça fait un max de blairs
Aux portes du désert
Un paquet d'enfoirés
Au vent du Ténéré

Passe la caravane
Et les chiens n'aboient plus
Sous les roues des bécanes
Y a du sang répandu

C'lui des quelques sauvages
Qui ont voulu traverser
Les rues de leurs villages
Quand vous êtes passés

Comme des petits Romel
Tout de cuirs et d'acier
Crachant vos décibels
Aux enfants décimés

Cinq cents connards sur la ligne de départ
Cinq cents guignols dans leurs bagnoles
Ça fait un max de blairs
Aux portes du désert
Un paquet d'enfoirés
Au vent du Ténéré

Combien d'années encore


Ces crétins bariolés
F'ront leur terrain de sport
D'un continent entier

Combien d'années enfin
Ces bœufs sponsorisés
Prendront l' sol africain
Pour une cour de récré

Dans leurs joutes odieuses
Les bonbons bien au chaud
Au fond de leurs délicieuses
Combinaisons fluos

Cinq cents connards sur la ligne de départ
Cinq cents blaireaux sur leurs motos
Ça fait un max de blairs
Aux portes du désert
Un paquet d'enfoirés
Au vent du Ténéré"

J'ajouterai juste pour compléter le tableau deux dépêches AFP :

DAKAR (AFP) - Le Français Luc Alphand s'est déclaré heureux samedi de sa probable victoire dimanche dans le rallye-raid Dakar-2006, malgré les trois décès qui ont endeuillé l'épreuve.

"C'est peut-être dur ce que je vais dire, mais je m'entraîne pour ça, j'essaye de le faire bien, a-t-il déclaré samedi. Je prends des risques. Moi aussi, je vais à 200 km/h quelquefois dans le désert sur des routes que je ne connais pas. C'est un objectif que je m'étais fixé. Je suis vraiment heureux de gagner ce Dakar."

Revenant plus précisément sur les trois drames qui ont frappé le rallye et notamment les décès de deux jeunes garçons vendredi et samedi, il a ajouté: "Il y a aussi beaucoup d'accidents chez nous devant les écoles. Des chauffards, il y en a aussi chez nous. Bien sûr, on pensera à eux et à leurs familles. C'est évident, mais je n'espère pas que la fête sera gâchée."


"Je n'aimerais vraiment pas que ça m'arrive devant ma voiture, a-t-il poursuivi. Si c'est le cas, peut-être que ça pourrait changer les choses. Mais pour l'instant ça ne change pas ma vision de l'avenir. Je compte revenir ici faire de belles courses."
Donc, ça... c'est fait. "Lucho", t'aurais pas dû raccrocher tes skis.
Ensuite ?

Dans une autre dépêche :
" (...)

Il reste que ce dernier accident soulève la question de l'augmentation de la taille du rallye. Depuis quelques années, il bat record sur record de participation et le nombre de véhicules d'assistance ne cesse de gonfler. Cette année, 712 véhicules sont partis de Lisbonne, sans compter ceux de l'organisation.
"Ca fait deux ans qu'on part avec ces chiffres-là et j'ai l'impression qu'on les maîtrise", affirmait pourtant dimanche dernier le directeur de l'épreuve Etienne Lavigne à Nouakchott
(...)

Or, sur l'étape Labé-Tambacounda, vendredi, les images montraient clairement qu'après le passage des premiers concurrents, la vigilance des spectateurs s'atténuait.

"C'est aux pays traversés de faire attention et de mettre les moyens à disposition pour canaliser la foule", estime Thierry Magnaldi (Schlesser-Ford)."
Ben oui, quoi. Merde. Rangez vos miches les mecs !!


Suggestion :
L'émotion va se tasser, comme toujours.
Dans 6 mois, les organisateurs dévoileront "un nouveau tracé", feront leur "profession de foi". Un mot d'ordre de "sécurité". Des nouveaux moyens technologiques, énormes, chers, reluisants, qui plairont à la presse. Répondront aux problèmes.

Et le 1er janvier, ils s'élanceront comme des malades, rouleront à toute berzingue. Advienne que pourra...

Donc, je suggère :

2007 : Lancement d'un Rallye "Dakar-Paris".

Programme :
- Prologue sur la plage à Dakar.
- Transfert par bateau jusqu'à Marseille.
- Puis 20 étapes, spéciales, à travers les routes de France.
- Trois pilotes du cru tout au plus.
Le reste : des équipages de Maliens, Sénégalais, Guinéens...
- A fond les manettes sur la promenade des anglais, 504 retapées et gonflées à bloc.

Ca va chauffer !
- Chronos d'enfer dans le bois de Boulogne.
- Ravitaillement express place de la Concorde.
- Bivouac dans les rues de Neuilly
- Remise des prix et prodium les jardins de l'Elysée.
Et Mafé pour tous...

samedi, janvier 14, 2006

Rencontre du 2eme sale type



Nous sommes vendredi, il est 16h. Il fait beau. Rase Campagne Tourangelle, quelque part entre Chenonceau et Amboise.
Je suis avec ma femme, nous roulons, paisiblement, sur une belle route départementale. (Qui ne sent pas mauvais, je ne hais pas les routes départementales... bref, je m'égare déjà).
Le soleil commence sa descente vers l'horizon. L'auto radio ambiance au son de Dave Stewart, "In This Little town", de circonstance; voix suave, piano subtil, mélodie mélancolique. Nous sommes en week end. On est bien, Tintin.

De hameaux pépères en bourgs paisibles, le simple plaisir de "faire la route", sans se presser, s'étonner au passage des curiosités touristiques, des locaux en mobylettes, des mamies à vélo, des troquets-bar-tabac-pmu-loto-brasserie, des vieilles pubs "Dubonnet" délavées.

Et puis, dans son retroviseur, une voiture, qui colle au cul.
Voiture bleue, avec un joli gyrophare orange.
Un coup de sirène.
Un doigt vindicatif qui fait signe.
Ah bon ?
Moi ? Que... quoi.. que... que... que je me range là tout de suite sur le bas côté ?
Bon.

Sort de la voiture un homme tout de bleu vétu. Pour vous situer, comme les Schtroumpfs, mais en plus foncé. Moins que les dignitaires soviétiques, mais quelques galons quand même; j'ai pas voulu les vérifier de trop près. Pas de képi (tout se perd). Petit, ventripotant, bouc mal taillé. L'oeil torve juste ce qu'il faut.

S'ensuit un dialogue d'un classisme dépourvu de tout charme :
- "bonjour monsieur, Gendaaaarmerie Nationaleuu... savez vous pourquoi je vous ai arrêté ?
(ptain, c'est "Question pour un Champion" ou quoi !!??)
-Euh... ben euh.. ben non. Franchement je vois pas.
- Intersection précédente, refus d'observer le stop.
- la quoi ? de qui ? Hein ? Euh, what ?
-Papiers du véhicule s'il vous plait.
- hm hm hm... voilà voilà, ça vient ça vient. Permis de conduire avec la gueule qui fait marrer, ouais. Assurance, ouais... voilà.
- Et la carte grise monsieur ?
- Oui, bien sûr, la carte grise... voyons voir, euh... oui. La carte grise... chez moi, c'est à dire voyez vous, j'ai euh, changé de sac ce matin, et donc euh. Donc.... euh
- Pas de carte grise ?
- Si, mais chez moi, à Paris.
- bien.


Le deuxième préposé, n'intervenant presque pas, prend une posture d'attente, les bras croisés, fixant avec insistance les véhicules qui passent.

Avec une application non empreinte de ce qui peut paraitre pour du sadisme, voilà mon représentant des "forces de l'ordre" qui sort, méticuleusement, son carnet à souche.
Son plus beau stylo bic.
Et commence à écrire, sur le capot de son véhicule de fonction, sa prose favorite.
Un comble ! Pour reprendre la blague connue, quelque chose me dit qu'à l'école, il devait préférer la récré !
Mais là, comme saisi par la grâce, il trace, avec une délectation certaine, de jolis déliés, des belles boucles. A l'inverse du médecin griphonnant des lignes illisibles sur une ordonnance en 12 secondes, lui prend son temps.
Je poireaute, attendant de savoir à quelle sauce il va m'assaisoner.

Puis il me demande le prénom de mon père, le nom de famille de ma mère, son prénom.

(- Marie Thérèse
- ahhhhh vous êtes antillais alow ?! on peut s'awanger !

Je plaisante. Si au moins il avait été antillais. Mais non.)

Je me retiens de lui demander pourquoi il a besoin de tous ces renseignements, mais n'ayant pas ma carte grise, je m'abstiens d'autant plus et ferme ma gueule. En plus, comme ça, j'ai chaud aux dents.

- Reconnaissez-vous l'infraction ?
- Ben je sais pas, je, je euh, j'ai pas vu
- Vous la contestez ?
- Euh, non non non... enfin euyeu, je sais pas. Si voul'dites, c'est que ça doit être vrai ! Mais franchement, votre panneau, j'lai pas vu. Ca va me couter cher ?
-Ben ça dépend pas de moi. Ca part au bureau du juge à Tours, vous recevrez un courrier. Amende, points, et peut être retrait de permis
- ah ouais. Ah quand même. Juste par curiosité : il était où, ce stop que j'ai pas vu ?
- Intersection précédente là bas (il montre de son doigt potelé).

Intervient alors le deuxième Pandore, sortant de sa boite, qui n'avait pipé mot. Il veut se rendre utile... Bien lui en prend, puisqu'il ajoute, presque candide :
- la plupart des gens ne le voient pas ou pensent que c'est un Cedez le passage.

Mais alors, mais alors... bon sang, mais c'est bien sûr...
- Et vous arrêtez souvent du monde alors ?

Hésitation.
Le deuxième se lance :
- Ben, vous êtes le deuxième de l'après-midi.

Bof, pas terrible comme bilan. Bonjour les chasseurs d'élite !

Epilogue.
Loin de moi l'idée de jouer les martyrs. La maréchaussée fait son métier et je ne suis pas Malik Oussekine. Je vais bien, merci.
Dans les Gendarmeries, les gars s'emmerdent. Dans ces contrées, y'a pas bézefs de caïds à enchrister.
Tout au plus attendre tranquille-le-chat au carrefour du coin et s'encadrer deux ou trois parigos dans l'après midi, histoire de remplir son carnet, et de pas revenir "broucouille" au poste. Eviter les sarcasmes des supérieurs, avancer gentiment dans l'organigramme et obtenir, qui sait, dans deux ans, sa promotion, voire sa mutation chez soi, à La Roche sur Yon.
C'est ça, la taca taca tac tac tique du gendarme.

Mais me revient quand même à l'esprit la sortie de Hippolyte Girardot, arrêté par les flics dans "Un Monde sans pitié" :
- "mais putain, merde, c'est PAS NOUS LES BANDITS !".




Un gendarme doit avoir de très bons pieds.
Mais c'est pas tout
Mais c'est pas tout.
Il lui faut aussi de la sagacité.
Mais c'est pas tout
Mais c'est pas tout.
Car ce qu'il doit avoir et surtout
C'est d'la tactiqu',
De la tactiqu', dans la pratiqu'
Comm' la montre a son tic tac
Le gendarme a sa tactiqu'.
Attendez un peu que j'vous expliqu'
La taca taca tac tac tiqu'
Du gendarme
C'est de bien observer
Sans se fair' remarquer.
La taca taca tac tac tiqu'
Du gendarme
C'est d'avoir avant tout
Les yeux en fac' des trous.
Contravention
Allez, allez,
Pas d'discussion
Allez, allez,
Exécution
Allez, allez,
J'connais l'métier
La taca taca tac tac tiqu',
Du gendarme
C'est de verbaliser
Avec autorité.

Il y a ceux qui n'ont pas d'plaque à leur vélo.
Mais c'est pas tout
Mais c'est pas tout.
Faut courir après tous les voleurs d'autos.
Mais c'est pas tout
Mais c'est pas tout.
Les gens disent oh les gendarmes quand on a
Besoin d'eux, ils ne sont jamais là.
Je réponds du tac au tac
Car pensez j'ai ma tactiqu',
Attendez un peu que j'vous expliqu'

Refrain

La taca taca tac tac tiqu',
Du gendarme
C'est d'être toujours là
Quand on ne l'attend pas.
La taca taca tac tac tiqu',
Du gendarme
C'est d'être perspicac'
Sous un p'tit air bonnac'
Contravention
Allez, allez,
Pas d'discussion
Allez, allez,
Exécution
Allez, allez,
J'connais l'métier
La taca taca tac tac tiqu',
Du gendarme
C'est d'être constamment
A ch'val sur l'règlement.