vendredi, mai 19, 2006

Changement de décor

18 mai, Kitsilano Beach.
On est jeudi, il est 15heures.
Minuit "french time".

Ciel immaculé, soleil éclatant. A vue de nez, les sommets voisins sont encore enneigés, mais le cul bien réchauffé par le sable, tranquillement adossé à un de ces inombrables troncs d'arbres, usés et roulés par la mer, on est bien, tintin. Quelques téméraires, ou inconscients, c'est selon, s'ébrouent dans une eau qui n'est pas sans évoquer le Touquet plage en hiver.
Pour le reste, c'est ambiance Baywatch, Arlette à Mâle Hibou; les corps exultent. Pas un gamin à la ronde : exit les pelles, les seaux et les châteaux de sable. Dehors les familles, les vieux, les philosophes, les moches, les gros, les poils, les bobs ricard, les parasols, les bottes et les pêcheurs.



Les jeunes gommeux qui, tout au long de l'année ont sué à soulever de la fonte dans une salle de gym obscure, peuvent enfin parader. Les poulettes les reluquent attentivement derrière leurs lunettes de soleil panoramiques. Les chipstas de tous poils (ou plus exactement sans poils), Paris Hilton de supérette, les pépés péroxidées s'éclatent. Les budgets investis en piercing, tatovages, UV, bikinis, épilations, liposuccions et faux nichons sont finalement amortis.
Des marmules bondissantes et suintantes se défient au beach volley, pour l'occasion pas loin du "bitch volley" tant les filles, l'air concupiscent, s'agitent et gloussent autour des filets.

Quelques gaziers tatoués ont pris la peine d'apporter leur ghetto blaster, qui crache alternativement les hits de GREEN DAY ou OFFSPRING. On est djeunz, on est fous, on est wock'n'woll.

Des jeunes boutonneux, à la fraîche, font tourner un reste de joint; sacrifiant à la bronzette, personne n'a oublié de se oindre consciencieusement, d'où les effluves de monoi et de coco qui flottent sur le sable.

Je ne sais plus si c'est Kant ou Voulzy qui a dit "Le soleil donne... de l'or intelligent, Le soleil donne... la meme couleur aux gens... la meme couleur aux gens... gentiment"
M'est avis qu'en dehors de la rime, riche, le gars s'est mis le doigt dans l'oeil.
D'abord, demandez donc à un rouquin (speciale dédicace) s'il prend des coups de soleil gentiment. Qui plus est, je doute que ce dernier finisse par cuire en évitant sa teinte de prédilection, le fameux rouge "écrevisse". Pour "la meme couleur aux gens"... vous repasserez...

"de l'or intelligent" ... Autant un temps blaffard et pluvieux est propice à l'introspection, au spleen poétique, autant trois rayons estivaux invitent au réveil d'instincts plus "basiques".
Le gris, surtout à dose raisonnée, magnifie la tristesse, sonde l'âme de l'homme. Le bleu est rieur, primesautier, superficiel. Rigolo mais.. demago.
FTDM