jeudi, juin 29, 2006

Bleu de Chauffe


Entendu aujourd’hui 29 juin 2006 sur la station de radio RTL, le roi déchu des meilleurs grimpeurs de montagnes en bicyclette, Richard Virenque, s’interroge sur le dopage. Pas dans le vélo. Non. Dans le football. Au détour d’une interview dans laquelle un journaliste, à l’aube d’un nouveau Tour de France, égratigne encore et encore la discipline de son cœur stéroïdé. Mais d’un coup Richard, fatigué d’être une marionnette à l’insu de son plein gré, il nous offre un moment de vérité pas franchement bonne à dire à deux jours d’un France-Brésil qui va faire vibrer du supporter chauvin peinturluré en bleu blanc rouge. Virenque s’interroge sur les contrôles sanguins antidopage inexistants dans une compétition comme la Coupe du Monde. Pire, ces contrôles ont été interdits par la FIFA. Richard laisse poindre ses doutes sur le regain de forme physique de certains joueurs de l’équipe de France. Et il s’y connaît en regain de forme! Il s’interroge que cela ne choque personne. Le soigneur de l’équipe de France a reçu l’ordre de ne pas s’exprimer auprès des journalistes. Guy Roux, le Don Corleon du ballon rond, assure que les joueurs récoltent les fruits du stage de cinq jours à Tignes. La montagne ça les gagnent!! Amorphes devant les Coréens, gonflés à bloc devant leurs cadets espagnols!!

Et Virenque de conclure que les gens seraient bien naïfs de croire qu’il n’y a que dans le vélo que la vie n’est pas claire. Le journaliste paraît un peu gêné. Il doit se dire “Vraiment, qu’est-ce qu’il est con ce Virenque, il veut se griller où quoi?” Les supporters des bleus qui gagnent le considéreront sans doute comme un aigri qui veut salir le foot comme il a sali le vélo. Le journaliste, petit reporter de paix allonge le braquet et l’entretient tourne court. Questions sans suite... Allez les bleus!!

mercredi, juin 14, 2006

Money For Nothing


Mark Knopfler et Emmylou Harris au Zénith, l’affiche était alléchante. J’avoue qu’au départ je ne suis pas un grand fan d’Emmylou, mais un inconditionnel de Mark. Après avoir écouté en boucle pendant plusieurs jours leur très bel album en commun “All the Roadrunning”, je me suis précipité au concert.
Le touché de gratte de Knopfler, sa voix grave et suave qui surf sur des vagues Dire Straits. La reine de la country, la belle Peggy du saloon qui fait tantôt bander, tantôt pleurer les cow-boy....J’étais impatient de voir ça! Vivement que le show commence!

Surtout qu’en ce lundi 12 juin 2006, il fait chaud au Zénith de Paris. Très chaud. Trop chaud. Beaucoup trop chaud. Je suis assis entre deux personnes de forte corpulence en surcharge pondérale (je constate, je ne me moque pas) qui débordent de leur siège en plastique pas du tout confortable. Ecrasés par la chaleur, mes deux gros s’étalent comme des bougies qui coulent. Je ne dis pas qu’un maigrelet de mon espèce sent la rose quand il sue mais franchement, la surcharge pondérale, quand ça transpire, ça crougnoute! Coincés entre mes deux bigbendhommes en eaux non potable, j’ai mal au dos, j’ai le nerf sciatique pas content du tout. Vivement que ça commence. Qu’on oublie notre inconfort. Que le spectacle nous emporte! Le Zénith plein a craqué gronde son impatience, la lumière s’éteint, les applaudissements et les cris enjoués s’élèvent! C’est parti!

Et là, c’est le début de la fin. Les deux artistes entrent en scène comme on se lève pour aller chercher le plateau de fromage à la cuisine. Ils traînent un peu la savate. Tranquilles. Pas de pression. Rien d’extraordinnaire. Juste 5000 personnes en nage qui trépignent d’envie! Emmylou est moulée dans un jean qui ne lui va du tout. Genre cow-boy mais avec le cheval dans la culotte! Elle a un chemisier de mémère, rose avec des géraniums mauves sur les manches! Au départ j’ai cru que c’était une directrice de coopérative agricole qui venait nous parler des fluctuations du cours de la cerise! Mark est assez classe. Jean, chemise noire. Sobre mais son charisme fait le reste. Derrière eux, une batterie de musiciens en polo Gap, limite en bermuda claquettes! Pas pressés de s’installer eux non plus. Le guitariste prend son instrument. S’arrête un temps. Parle avec son voisin bassiste en bras de chemise Kiabi. Il doit il lui dire un truc du genre “Merde, je me souviens plus si j’ai éteint le gaz chez moi en partant des Unitited States!!”
De son côté, Emmylou s’approche du micro et nous lance d’une voix criarde, amplifiée par 100 000 volts, un tonitruant “Hello paris! It’s very hot in here” Merci de nous faire rêver Loulou!!!

Finalement, nos deux compères et leurs potes musicos se lance dans un premier titre. L’enfer!!! Une décharge de décibels insupportable. Un son de punk enragée!! On entend à peine les voix, si ce n’est de temps à autre le cri perçant d’Emmylou qui vous soulève les tympans!

Mise en scène hallucinante!! Chaque fois que Mark Knopfler, mon Mark Knopfler, la légende.... Chaque fois qu’il termine un couplet, il va s’asseoir sur un tabouret près de la batterie, un coin pas du tout éclairé... Il abandonne un instant Loulou qui danse comme une patate chaude en faisant vibrer sa glotte nasillarde dans son micro qui sature... Puis Mark se lève à nouveau, balance deux phrases au micro et s’octroie un nouveau “break-down” sur son tabouret! J’ai d’abord pensé à un problème d’incontinence ou une gastro. Il lui ont mis un Sanibroyeur en cuir dans le schwartz avec une grille de Sudoku, ni vu ni connu! Après j’ai pensé à plein de trucs... Les varices? La phlébite? Les Hémorroïdes? Une tendinite? Une rupture des ligaments croisés en convalescence? Mais pendant que je pensais à tout ça, je ne profitais pas du moment!...

Je me re-concentre et là, à la fin du troisième titre, petite pause entre amis. Loulou boit une demi Vittel, Mark se tapote le visage avec une serviette éponge, le guitariste passe un coup de bigo à son voisin yankee savoir si il peut passer vérifier, rapport au gaz, et pendant qu’il y est, il a laissé un reste de bolognaise dans le frigo, qu’il le prenne pour lui, c’est con de gâcher, elle sont super bonnes, un traiteur sur Main Street, très cher, mais très bon, il fait venir ses bolognaises d’Italie, par jet privé, mais bon quand on a les moyens, je suis quand même le guitariste de Mark Knopfler et Loulou Harris, non pas le pain de mie, la chanteuse!!!

Au même instant, Mark se lance dans des remerciements tous azimut et dans la présentation des musiciens. Une présentation très complète; le nom, le prénom, le nom de jeune fille de leur mère... Et le public ponctue chaque nom cité par une salve d’applaudissements nourris. Le tout dure dix minutes.

Finalement réhydratée, Loulou se lance dans trois titres en solo d’une tristesse et d’une lenteur magistrale. De la countriste!! Sans émotions. Mark l’accompagne de quelques riffs bien sentis. Il a l’air de s’éclater comme un dingue! Pas nous. Ensuite ce fut au tour de Mark de chanter et à Loulou de l’accompagner. Chacun son tour! Loulou ne l’accompagnera que le temps d’une chanson. Après elle s’est barrée un quart d’heure. Je ne sais pas où! J’ai émis plusieurs hypothèses mais je vous les épargne!

Mark a donc chanté trois titres tout seul. Sans doute un pure moment de bonheur si le régisseur avait voulu se retirer les doigts du cul pour baisser le son et nous mettre la musique derrière la voix!! Après ces chansons saccagées, Mark nous annonce l’entrée de la seule et unique “Emmylououou Haarriss” Et Loulou revient sur scène comme si elle n’y était pas encore apparu” Alzheimer, peut-être qu’il souffre d’Alzheimer!! Merde! Trois fois merde!!
Loulou s’approche du micro et nous scande un tonitruant:
” I came in Paris thirty years ago!!!”.... Super!! Merci Loulou!!

J’avais envie de leur lancer des vestes à paillettes, des chapeaux de cow-boy, de passer en régie et de décider de leur playlist. Trois cachets de Guronsan chacun, tout le monde debout et que la fête commence!!!

Au bout du compte, je me suis levé seul, j’ai dérangé mes gros voisins, jai sauté une petite balustrade et j’ai quitté la salle! Je suis sorti du Zénith... au plus bas!

vendredi, juin 02, 2006

Il allume des bougies.

Le temps prend son temps, mais ne suspend jamais son vol. Il prend ses aises, à l’aise. Insidieusement, il se glisse dans les rigoles d’une peau qui s’épaissit. Sans en avoir l’air, il connaît la chanson. Et par cœur il la chantonne sur les visages et sur les corps. Il sollicite les âmes, les cœurs. Il met à l’épreuve la ténacité, le bonheur et les rêves. Il forge aussi. Il fait grandir l’enfant. Il prépare, endurcit. Il nous aide à entrevoir les lourdes portes de la raison. La sagesse, dit-on. Le temps fait oublier qu’il passe, obstinément.

Il allume des bougies. 33. Putain, l’âge du Christ. Des conneries tout ça. Comme la plupart, il a sûrement été flirter avec la nostalgie, mais pas longtemps. Juste un peu pour le bide. Et puis aujourd'hui, il se sent bien. Il aime et il est aimé. Sa vie est belle. Alors son temps, il a décidé de le prendre et de ne pas le perdre.

Un rossif birsdav au Maître de ces lieux !!!

Fourettes Princières


Combien de queutards, plus ou moins illustres, ont semé leurs petites graines fertiles sur des tas de pelouses sans jamais en assumer la récolte? Beaucoup si l’on en croit le nombre de rejetons éperdus qui courent après leur identité des mairies de leur naissance jusqu’aux talk shows les plus sordides. Et bien Alexandre et Jazmin, en attendant les autres, n’auront pas cette déveine. Papa va leur éviter cette course épuisante et destructrice. Papa c’est Albert, le prince de Monaco.

Certes, des analyses ADN, des pressions médiatiques et politiques le mettent peut-être dos au Rocher. Contraint de reconnaître.

Certes, quand il rentre le soir au Palais, il n’a pas une bonne femme qui le traite de mari indigne d’avoir été fourré son mastard dans des traînées! Salaud! Connard! Après tout ce que j’ai fait pour toi!! T’es bien comme ton père!!

Certes il n'a pas non plus trois mouflets légitimes qui l’attendent sur le pas de la porte en criant “Papounet” quand il rentre du bureau.

Certes, dans une société somme toute encore assez réac, c’est pas plus mal de passer pour un homme à femmes que pour une petite tarlouze!

Certes et encore certes, mais combien de raisons d’Etat ou personnelles aurait-il pu invoquer pour se défiler face à cette ribambelle?
Combien de principes en principauté lui auraient permis de s’arranger avec sa conscience pour éviter de reconnaître ses deux marmots?
On peut imaginer sans risques que pas mal de fourreurs de ses dames n’auraient jamais accepter de faire entrer dans leur famille, absolument pas princières, un bamboulais et une amerloque!

Albert de Monaco offre à ces deux enfants, au delà des moyens financiers dù à sa condition, une reconnaissance, un goût d’avoir été désiré qui n’a pas de prix.

Pour le coup, ce Prince là est un seigneur!

jeudi, juin 01, 2006

Rémy


On ne met pas sa tête entre les mains de n'importe qui. Et pas besoin d'avoir la cafetière sur le billot pour s'en rendre compte.
Desproges, dieu le parfume, portait une haine tenace envers la confrérie des "capilliculteurs", beaufs embagousés, aux doigts boudinés et dont l'epaisseur de la conversation est inversement proportionnelle a la taille de la gourmette.

Sans même mentionner le coût de l'opération, souvent dolosif, chaque passage chez le merlan est une epreuve dont seuls les chanceux, maris de la coiffeuse ou chauves peuvent se dispenser.


Lors de mon premier sejour "longue durée" dans les contrées de l'ouest canadien, j'avais déniché une solution sympa, peu onéreuse et enrichissante afin d'accomoder ma condition capillaire.
Au coin de la rue officiait un "barbier", puisque c'est ainsi qu'on les appelle ici, à l'échoppe modeste et à vrai dire peu amène.
Pratique et sans chichis, l'officine ne payait pas de mine. Le traditionnel lampion rotatif bleu blanc rouge était chargé d'éclairer les rares passants sur le type de négoce pratiqué.

Ayant vu croitre sur mon occiput une tignasse épaisse, je finissais par me décider et franchir le rubicon : d'un pas hesitant j'entrai dans la boutique.
Loin de l'ambiance de fourmilière du grand salon, le taulier officiait seul, proposant au client un antique siège en cuir; les deux autres fauteuils disposés de part et d'autre semblant quant à eux faire seulement partie du decorum.
Après les premiers échanges classiques, relatifs aux modalités de la coupe, la conversation se fit naturellement, bientot boostée par l'aveu de ma nationalité.

Mon barbier étant quebecois et très francophile, les sujets abondaient...

Petit bonhomme flottant dans un pantalon tout juste tenu par de larges bretelles, les yeux rieurs surplombant des bacchantes fournies, mon barbier avait des airs tres prononcés de Maurice Chevit (connu de la plus jeune génération pour son interpretation du perruquier farceur Marius dans "les Bronzés font du Ski"). La soixantaine tardive, Remy, puisque tel etait son nom, avait comme la plupart des "cousins" du Québec le tutoiement facile.

Les ciseaux agiles, la main virevoltante, il déroulait entre pattes et dégradés le fil de ses souvenirs parisiens, aimait à s'enquerir des pratiques de ses collègues barbiers francais; partageait ses souvenirs d'enfance dans le grand nord canadien, son père originaire du sud ouest de la France, Cadillac si mes souvenirs sont exacts.

Le rythme de mes visites chez le coiffeur augmenta donc franchement. En plus du cout modique (7 $, soit... 35 francs de l'époque !), d'une coupe de qualité (et donc pas le duo sabot-tondeuse en un quart d'heure merci-au-revoir), c'était un depaysement total. Remy vouait une passion à la chanson, à l'opera. Quand il etait d'humeur primesautiere, ce qui était souvent le cas, il se lancait dans un recital impromptu, haut en couleurs et en decibels. Sonnant souvent juste d'ailleurs, mais profondément drôle, cocasse. Son salon était peuplé de petites statuettes en plâtre de Pavarotti en tenue d'apparat, foulard a la main. A differents stades d'evolution, de peinture, plus ou moins achevees, ces repliques du maestro constituaient comme une micro armée de beuglards éclopés, oompas loompas de pacotille regardant les tifs tomber.

Il était rare de devoir attendre son tour; Remy n'etant de coutume pas surchargé de travail. Quand par hasard un autre habitué etait venu tenter sa chance, il y avait toujours deux ou trois magazines trash, ou magazines "pournous" à feuilleter. Si l'envie vous en manquait, ou si la pudeur vous freinait, Remy, d'un clin d'oeil complice et libidineux, apportait une note d'encouragement virile.

Parfois, la visite pouvait s'avérer plus... aventureuse. Remy, qui crechait dans le fond de son boui-boui avec sa "partenaire", une philippine de 20 ans sa cadette, allait parfois faire un tour au "Liquor Store", fort opportunement situé de l'autre cote de la rue. Il sirotait son whisky, pépère dans son arrière boutique, en se déchenillant tranquille. Il m'est arrivé d'entrer dans son salon et de le trouver, l'oeil vitreux, la mine pas fraiche, comatant devant la télé. Il insistait dans ce cas pour ne pas voir s'envoler le client. Il fallait alors prendre le risque, s'assoir sur le fauteuil et serrer les miches quand il fignolait la coupe au rasoir... ou trouver un pretexte fallacieux et deguerpir fissa.

J'ai, au fil des visites, eu l'occasion de vanter les mérites d'une telle adresse aupres de quelques amibes francais locaux ou de passage. Certains ont hesité, prefere passer leur tour. D'autres ont accepté de tenter l'experience. L'Helvète, à Vancouver pour une petite visite de courtoisie, avait ainsi posé son séant sur le cuir du fauteuil. Au terme d'une coupe rondement menée, bien ficelée, je vis le barbier volubile se saisir d'un coupe chou pointu, se pencher vers mon Helvète et lui annoncer, de son accent luxuriant :

-"à présent, Antoine, j'men vais t'couper les poils du nez...
- de... hein .. ? euhyeu... c'est à dire euh... est-ce bien nécéssaire ??
- ben, c'est fort disgracieux ça depasse ... lô (il designe la narine incriminée)

Je fis mes au-revoir en bonne et due forme avant mon retour en France, me promettant un retour prochain pour un rafraichissement capillaire de bon aloi.

Ainsi à Maisons Alfort, alors qu'une jeune coiffeuse me massait le crane au bac a shampooing, tout en s'engageant dans une conversation banale à la poursuite d'un improbable pourliche, je mesurais brutalement l'ampleur du changement...

De passage a Vancouver quelques mois plus tard, je comptais faire escale chez mon barbier folklorique. Juste le temps de constater qu'une autre boutique avait investi les lieux... Pas de trace de l'ancien locataire... De l'avis general, Remy avait très probablement cassé sa pipe...

L'histoire aurait pu s'arrêter là.
Heureusement,non.

Hasard farceur, il y a deux jours de cela, faisant quelques emplettes au supermarché du coin, devinez sur qui je tombe, nez à nez, entre les barils de lessive et le PQ ?
Le suspense etant en tout point intesoutenable, je vous la ferai brêve :

Casquette vissée sur la tete, le regard perdu dans le vague, poussant un caddie et poursuivant sa philippine, ou le contraire, mon barbier semblait absorbé dans ses pensees. Quelque peu amaigri, mais comme moins marqué par l'alcool, Remy me remet. Echange de banalités. La retraite. La vie qui suit son cours. La famille. La vie...
45 secondes d'une conversation enjouée, polie.
Des " à bientot" des circonstance.
Mais surtout un petit moment de bonheur, gratuit, léger.
Des souvenirs qui resurgissent...
On repart d'un pas plus alerte, affronter la pluie...
et l'on s'en va, la mine rejouie, faire partager ce plaisir simple à ses amis jbebs...