jeudi, décembre 07, 2006

Soundtrack of our Lives ?

En cette période de massive transhumance jbébique, il tient ferme la barre du bateau. Oh oui, Mitch ! Tel le marin breton affrontant les éléments, tel un ohé-ohé-capitaine-abandonné seul sur le pont, tel le mousse des 40eme buanderies rugissantes, tel le héraut de la Jeanne, Nico nous nourrit de son concept. Concoctés au chaud dans son intemporel repère "Reuillois", ses posts sont une bouffée d'air frais musical. Un jour, une chanson; "Soundtrack of our lives" en somme, comme dirait JC Van Damme de Elle-eh.

Au risque de polluer le monologue, je m'immisce, et point de circonvolutions déjà pesantes, je me lance...


Mars 1990. Je suis en première. Un échange est organisé avec la bourgade de Beverley, Massachusetts. Là où j'avais eu la scoumoune deux ans auparavant, en Allemagne et surtout en Angleterre, cette fois, je tire la queue du Mickey : mon correspondant, Scott, est un rouquin affable et rigolo. Il m'a à la bonne. J'ai même la chance de rencontrer ses parents à Paris avant de me rendre aux 'Stazinis. Barb' & Chuck Wicke (prononcé "Wiki") sont des globe-trotters curieux, ouverts sur le monde... démocrates. Moralité, je suis reçu dans leur grande et belle maison en lisière de forêt comme un nabab, avec les égards pas forcément dus à mon rang de "Fromage qui pue".

Beverley, c'est la "Suburbia Americana" typique des feuilletons : à une petite demie heure au nord de Boston, c'est une banlieue aisée, aérée, bourgeoise. Dans ce berceau de l'amérique Wasp, on se veut plus proche des Kennedy que des red-necks texans.

Entre visites à Boston, Cape Cod, New York, des semblants de cours à la high school locale le matin, basket ou tennis avec des autochtones, les soirées sont libres...

L'idée, c'est donc d'avaler le bitume, tranquille, "cruisin' "... comme ils disent. Un stop pour une pizza, une visite chez un amibe, une partie de foot américain improvisée sur la plage... Un truc un peu fou, un parfum de liberté. C'est l'amérique bordel !

A ce point, la différence essentielle entre un ado de Beverley et de Joinville-le-pont, c'est que le jeune amerloque peut conduire librement dès l'âge de 16 ans. C'est peut être un détail pour vous, mais à cet âge, ça veut dire beaucoup.... Simplement, rouler tranquillement, à sa guise, décontracté du flanc. Durant cette période parfois ingrate, c'est une fenêtre sur la suite, ce qui fait envie, sur tous ces vieux salauds de bien 22 ou 23 ans, qui se la racontent et sortent avec les belles pépés de 17/18 ans qu'on reluque avec concupiscence. Mais je m'égare...

La famille, les Wicke, possède deux caisses, dont une énorme Pontiac break, décorée sur les côtés de panneaux en simili bois du plus bel effet retro-kitsch. Scott la surnomme, avec son accent chantant, le "bateau". Le confort est américain, débordant de gadgets, d'équipements, dont un "booming system" à la pointe.



Le single de Depeche Monde "Personal Jesus" tourne déjà depuis quelque temps en radio. Il annonce l'évolution du groupe, sa sortie progressive des années 80. La fin du côté minet/ new wave/ son Bontempi et boite à rythmes de pacotille. Fan de "Music for the Masses", je me rue dès la sortie acheter la cassette qui ne quittera pas la voiture de tout le séjour, quitte à saouler mon rouquin de corress... L'album est sombre, mystérieux, avec un je-ne-sais-quoi de langoureux... A mesure que nous faisons, Scott et moi, nos innocentes rondes nocturnes, la cassette tourne en boucle.

Le faisceau lumineux des phares éclaire par bribes cette banlieue, sous l'emprise presque hypnothique de "Violator". Dans ce bout d'amérique chic, la bande son du voyage d'un ado de la banlieue parisienne est fournie par le mal être, les hésitations religio-sessuelles d'un groupe issu d'une grise province anglaise. La musique est universelle...

La production de l'album est fouillée, restituée par les enceintes hi-fi de la voiture. "World In My Eyes", "Enjoy The Silence"... aux conversations suivent des silences... "There's a pain, a famine in your heart, an aching to be free" chante Gahan sur "Halo". J'entends les mots, les comprends un par un mais pas dans leur globalité. Ils s'agglomérent en écheveaux complexes, forts, qui résonnent en moi.

La voix de Dave Gahan, gutturale et suave emplit la voiture. Les synthés sont ciselés, précis. Aux néons des centres commerciaux et autres Mc Do succèdent des parcelles de nuit profonde, loin des lueurs de la ville. On roule, on devise. La France, les Français, les filles, les voitures, l'avenir... Des soucis, des envies d'ados. "Waiting For The Night", onirique, la voix de Martin Gore tierce celle de Gahan à la perfection. "Policy Of Truth", le gimmick du synthé accompagne un groove entêtant et dépouillé. Et toujours ces deux voix à l'unisson...

L'année suivante, me parfumant soudain de jouer de la guitare, alors que je gratouille à peine, je tourne subitement le dos à Depeche Mode sous le pretexte d'un manque de "vrais musiciens", de "vrais" instruments. Plaquant tout juste trois accords, je soutiens mordicus que ne pas jouer avec une saturation et un mur d'amplis est un faux-pas honteux. Il me faudra quelques années pour surmonter ces conceptions pseudo-snobinardes sur ce qui constitue ou pas la "vraie" ou la "bonne" musique. Plus de 15 ans après sa sortie, "Violator" est solidement ancré dans mon panthéon perso, mon top 5. Le fameux top 5 de l'île déserte. Il accompagne toujours de nombreux moments, qui me replongent parfois à Beverley, Massachusetts, en 1989.

1 commentaire:

le rouquin a dit…

ça c'est de la tranche de vie...
J'ai également un souvenir très précis lié à Depeche Mode: fin de l'année de seconde, voyage scolaire à Barcelone, une cassette de DM passe de walkman en walkman, je découvre "Question of lust" et "Somebody", émotion...