Bon, le concept de cette nouvelle série venant d’être précisé avec force détails, je ne perds pas plus de temps : place au premier morceau, qui se trouve, tant qu’à faire, être aussi mon premier souvenir musical…Plantons le décor : nous sommes à peu près en 1978, j’ai dans les 6 ans…L’action se passe au 14, rue de Picardie, à St Brieuc (département 22, qui s’appelait encore à l’époque les Côtes du Nord), dans la salle de séjour de notre maison familiale. Ça doit être le week-end, on doit être au printemps, la porte-fenêtre ouverte donnant sur un petit jardin en friche.
Je suis installé là, tranquille, plongé dans la lecture forcément passionnante d’un bon vieux Bibliothèque Rose, en l’occurrence un des bouquins de la série Poly (en 2 mots, pour ceux qui n’auraient pas eu la chance de connaître…Il s’agit des aventures gentillettes d’une sorte de poney polisson qui vit des aventures absolument débridées (!!!) avec des petits nenfants tout mignons…Comment ça, c’est carrément cul-cul ? Le premier qui ose répéter ça, il se mange une claque dans son gueule [à dire avec un accent portugais assez véhément, c’est plus drôle]…). Bref, je suis captivé, c’est génial…En plus et surtout, dans cet épisode, il est question d’un père que ses 2 enfants croyaient disparu et qui refait surface, à la faveur d’un suspense digne de Prison Break (à l’échelle de mes 6 ans, c’est à peu près ça…) ! Ta da !!!
Au moment où on est au summum du climax de THE scène des retrouvailles, il se trouve que résonne dans le salon de mes parents le morceau qui fait l’objet de cet article (ahhhh, enfin !) : The boxer, de Simon & Garfunkel…Je pense que vous aurez compris que, pour que je prenne du temps pour vous raconter tout ça, près de 30 ans plus tard, c’est qu’il s’est passé quelque chose, du genre quelque chose de fort…Eh bien oui, c’est tout juste l’émotion de la situation combinée très exactement à l’émotion nostalgique dégagée par cette chanson, qui m’ont occasionné une bouffée de quelque chose d’assez difficile à analyser à l’époque, cette réaction chimique étonnante, ce souvenir quasi intact, tant d’années après…
Evidemment, je ne vais pas essayer de vous convaincre que cette scène des retrouvailles à la Poly style était objectivement un monument d’émotion, en revanche j’ai plus d’arguments concernant la chanson : évidemment, ce n’est pas le texte qui m’a touché à l’époque, mais si on s’y arrête 2 secondes, l’histoire de ce gamin qui quitte son foyer pour trouver un petit boulot à New-York, qui se retrouve « In the quiet of the railway station, Running scared, laying low », avec uniquement les putes de la 7e avenue pour lui adresser la parole, et qui n’a rapidement de cesse que de rentrer chez lui, « Where the New York city winters aren't bleeding me, Leading me, Going home », cette histoire a une dimension nostalgique et un côté universel auxquels il est difficile de rester insensible…
Musicalement, ça enfonce le clou : à la délicatesse des arrangements acoustiques se rajoute ces harmonies vocales célestes (nous y voilà…) entre le petit brun rablé (Simon) et le grand rouquin dégingandé (Garfunkel), qui nous offrent une sorte de perfection vocale dans le genre, l’air de ne pas y toucher…Quant à la fin, là ça décolle carrément : on passe en mode mineur, sur des « Laï la laï, laï la laï, laï laï la laï » en boucle, agrémentés de bruits de tonnerre du meilleur effet (pourquoi ? mystère…). Si on ajoute à ça quelques cuivres, percus et cordes placés exactement où il faut et comment il faut, on a fait le tour d’un morceau patrimonial, du genre de ceux qui traversent les années/décennies/siècles et qui « parlent » aux gens, et notamment à moi, en ce jour de 1978…Je me suis d’ailleurs aperçu, au fil de mes différents side projects musicaux, que ce morceau faisait partie des quelques uns qui marchaient à tous les coups et qui déclenchaient systématiquement le même genre de sourires dans le public…J’ai encore pu le constater ces
derniers week-ends, alors que j’ambiançais du touriste sur les marches de Montmartre avec un certain Farouk (surnommé il y a longtemps par Shoo² « Le Roch Voisine pakistanais »…), qui est une sorte de vieux routier de l’endroit, qui connaît par cœur toutes ficelles du « métier », et notamment la façon de faire participer l’audience sur « The boxer » (on le voit d'ailleurs en pleine action sur la photo ci-contre)…Alors, ça consiste à séparer le public en 3 tranches : faire chanter à la 1e les « Laï la laï, laï la laï, laï laï la laï, laï la laï», à la 2e faire dire « Douf ! » (ça paraît pas évident comme ça, mais c’est sensé faire bruit de tonnerre…Si si !), et à la 3e « Tchhhhhhh !!! » (grosso modo, ça doit ressembler à des cymbales…A peu près…). Croyez-moi ou non, mais après un 1er essai en général infructueux, ça marche la 2e fois et l’effet est plutôt marrant, à défaut d’être saisissant…Tiens, d’ailleurs, vous qui êtes devant votre ordinateur, faites le test : chantez très exactement ceci : « Laï la laï, laï la laï, laï laï la laï, laï la laï / DOUF !!! / Tchhhhhhh !!!! »…On s’y croirait, non ? Non ?...Après cette plongée initiatique dans les années 70, ce sera au tour des eighties dès lundi prochain : vous verrez comment ma passion pour la gratte est née à Rennes, un soir où un mec que je ne pouvais pas vraiment encadrer a sorti la sienne (de guitare) et a joué un morceau qui a changé pas mal de choses…




