mercredi, octobre 19, 2005

La loi des Séries ?




Juin 1982, cour de récréation, à l'ombre d'un marronnier, paquet de Panini en main :
- J't'échange la 192, "Marius Trésor" contre la 001, ton écusson argenté Espana 82 ?
- Eh non, euh l'aut' eh ! Ca "vaut pas"... Espèce de "Pédé Sexuel" !


Octobre 2005, discussion MSN :
- Tu ouvres Grouper ce soir, que je puisse te pomper ?
- Ouais, toi t'as mis quoi en partage ?
- Euh, la saison 4 de "24h" et la 5 de "6 Feet Under".
- Ptain, t'as rien, tu fais chier ! "Ca vaut pas !!". 'culé !


Une tribu de Nerds ?
Depuis quelque temps, une question revient, comme une obsession :
« Eh, eh, eh... t'en es où de Desperate ? .... et et et et... t'as vu l'épisode 15 de 24 h ???
non...
... alors j'vais te raconter...!
TA GUEULE !

A l'époque de l'ORTF, quand ça passait dans le "poste", on appelait ça des "feuilletons". Thierry la Fronde, Jacou le Croquant, Belphégor et consorts tenaient la France en haleine. En noir et blanc.

Aujourd'hui, plus besoin d'allumer son poste comme une âme en peine et espérer tomber sur une énième rediff' de "La Croisière s'amuse", des "Rues de San Francisco". Avec un peu de chance, scotcher, nostalgique, sur un bon "Columbo" mité, un "Chips" délavé, un "magnum" décrépit...


Non.

Tel le geek moyen, on zone sur le cable à des heures indues, on surfe, on furette, on farfouille sur internet pour dénicher sa dose quasi quotidienne de séries les plus fraîches. Son "fix" du jour. On tance vertement ses amibes pour qu'ils ouvrent tout grands leurs ports 80; plus question d'attendre l'été prochain, quand TF1 diffusera, péniblement, au compte gouttes et mal doublées, les "Six Feet Under", "24h", "Lost", "Desperate Housewives", "Nip/Tuck", "Les Experts", "Alias", "The Shield", "West Wing" et autres "4400".

Alors pourquoi cet acharnement sur ces nouvelles séries ? Le genre aurait-il évolué ? On s'ennuie ? On n'a plus d'amis ? Ou alors, il faut se rendre à l'évidence, ces séries ont tout simplement "un truc en plus" ?

Essai d'explication...

Dans les années 60, 70, 80, la série américaine type est à base :
de ferrari rouge et chemises hawaiennes, de chauve à sucette, de voiture (et pas le sexe) qui parle, de couteau suisse et coupe "muletta", d'imperméable cradingue, de cascades qui tombent à pic, de bons tuyaux, de justiciers milliardaires, etc.

Autant de souvenirs attachants car truffés de gimmicks, de repères. (" bonjour Michael !", " Zeus, Appollllllon !"... "euh, attendez, c'est pour ma femme !" Mais au niveau de l'intrigue, pas de quoi s'énerver, c'est kif kif avec un épisode de Scoubidou : à la fin de chaque épisode, le méchant, le plus souvent dealer chicanos, motherfucker à la petite semaine, se fait choper à la suite d'une poursuite en voiture, suivie d'une course à pied (en option : sur les toits). Il finit par ramasser quelques mornifles, sur-sonorisées au moyen de bruitages type "steak sur la table". A la fin de l'épisode, il se fait enchrister, et du coup, les gens se sentent en sécurité, chez nous, en amérique.
(Variante allemande : la même chose, mais après opération de la prostate et les yeux globuleux, poursuite en chaise roulante)


Portrait robot du héros (exception faite des "Drôles de dames" !) :

Il a les pantalons courts et le torse velu, fait fantasmer la belle pépé de service. S'il n'est pas bellâtre, il a au moins du charme. Il aime la castagne et n'a pas peur de prendre un pain. Batchelore courtisé, il est divorcé, veuf, mais toujours très hétéro. Il est politiquement correct, pro-républicain. Il a souvent servi au Vietnam. Il aime les valeurs traditionnelles de l'Amérique : il est fan de base ball ou de foot américain. Il est incollable sur les aptitudes comparées du Colt et du Beretta. Flic, ou "privé", il ne recule pas devant une Budweiser ou un Jack Daniel's, et tient rudement bien la biture. A l'occasion, il peut même défier le mafieux local au concours de boisson, et apparaître déchenillé à l'écran. En revanche, pas de drogue, ohhhh non.

Autre style qu'il serait dommage d'omettre... Une pierre angulaire de la culture télévisuelle : la Telenovela. La série traditionnelle, fleuve, rose bonbon, digestive et soporifique. Dans la lignée " Ca te Barbera", "Les fous d'l'amour", "Amour, Gloire et débats d'idées".. etc. Un genre où Pamela-la-péroxydée est amoureuse de Steve-j'aime-ton-brushing, mais celui-ci a une aventure avec Cynthia-couche-toi-la, et tout cela se règle dans une effusion d'Ultrabrite. Le tout au ralenti pour que la ménagère ne fasse pas de faux plis tout en regardant sa télé (avec, posé dessus, le naperon brodé en point de croix en option)

Evolution
Dans les années 90, les choses bougent. "Friends" et ses saillies drôlatiques, sous entendus volontiers subversifs, "X-Files" ou surtout "Urgences" marquent une évolution notoire. On fouille un peu plus la psychologie des personnages, il y a du sang, des drames et des coups de putes. Les équipes d'auteurs sortent des sentiers battus, et abandonnent leur manichéisme de supermarket. On ne choisit plus des scénaristes de seconde zone, la série devient simplement une nouvelle voie d'expression, un format permettant de développer moult "plots", de creuser la psychologie des personnages. Le créateur de "6 Feet Under" est ainsi le scénariste Oscarisé pour "American Beauty".

Pour un pays marqué comme conservateur, puritain, tintin, les 'St'azinis se permettent également une liberté de ton enviable. C'est vrai surtout pour une chaine cablée comme HBO fait tomber pas mal de tabous sur la mort ou l'homosexualité (6 feet, encore), la vie sessuelle débridée de célibataires (" Sex and the City") etc. Ou FX qui se lance, avec "Nip/Tuck" dans un environnement " Bret Easton Elissien" pas forcément grand public.

Mais le phénomène est global, et ne concerne pas que les intellectuels de gauche, les chaines cablées, les horaires tardifs, les homos ou les nantis. Avec "24h", la FOX a tout loisir d'exposer des idées beaucoup plus conservatrices. Au début de la saison 4, une charge lourde et frontale est ainsi lancée sur Michael Moore...
ABC, chaine pourtant « grand public » du groupe Disney, glisse également dans « Desperate Housewives » un message plus insidieux et subversif sur l'amérique bourgeoise, les apparences trompeuses d'une vie de banlieue trop bien réglée, d'une vie de couple gnan-gnan, l'infidélité larvée.

Quelle que soit l'orientation politique, la tendance est à l'originalité, à la qualité. La réalisation se permet des fantaisies tant le marché est important, entre pubs, export, DVD... c'est la ruée.
Y'a d'la pub derrière, donc, on lésine plus sur les moyens : le pilote de "Lost" est tout simplement le plus cher de l'histoire. (y'a quoi dans ce "hatch", bordel !)

Tous les ans, des dizaines de projets voient le jour. Parfois ne dépassent pas le stade du fameux "pilote". Parfois ne traversent pas l'Atlantique. Ce n'est plus un problème, il semblerait que les frankaouis s'y mettent aussi : dernier essai en date, Arte, qui pond sa série "Venus et Apollon" », à renfort de moult guests stars (Jean Marc Barr, Anémone, Bouchitey, Cluzet)...
N'importe quoi. C'est "ZEUS et Apollon". Demandez à Higgins. (qui n'est autre que Robin Masters ??)
Obsédé, moi ?
JLM

Je renvoie les courageux qui sont venus à bout de cet article indigeste vers le très documenté www.serieslive.com...


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jeudi, octobre 13, 2005

GRAVER LES CORSES JUSQU'A SAIGNER…

Voilà l’instant est solennel, je vais me lancer surLe Jbeblog après tant de grands noms de la plume mais je n’ai ni la poésie d’un Khokho, ni la culture métrosessuel d’un Rouquin, ni la prose imagée d’un bon Jbeb, ni le style ampoulé et passionné d’un Shoo². Cependant, je vais profiter de la tribune qui m’est offerte pour pousser un coup de gueule. Coup de gueule qui, ça ne vous étonnera pas, sera sur un sujet qui m’énerve au plus haut point : j’ai nommé La SNCM.

Tout commença par une énième grève du personnel SNCM fomenté par les sombres syndicats CGT et STC. Rappelez-vous en effet que l’année dernière un conflit dit « social » avait déjà éclaté sur l’île de beauté pour une raison irréelle : le STC demandant un % minimum imposé d’employés d’origine corse. On croit rêver !! Si je comprends bien, ceci correspond à une discrimination à l’embauche : « Monsieur Dupont, vous avez toutes les qualifications pour ce poste mais malheureusement je suis navré le STC exige que vous soyez corse. Vous n’auriez pas un lien de parenté avec Ivan Colonna ou Tino Rossi ? Non ! Désolé retourner aux ASS & DICK. »
Heureusement, cette requête pour le moins inepte ne fut pas adoptée mais provoqua une grève pour le moins catastrophique pour l’image et les finances de la SNCM déjà peu reluisante.

Donc, ce qui devait arriver arriva, l’Etat, ayant déjà recapitaliser la SNCM, ne peut pas le faire de nouveau (loi européenne) et donc afin de sauver l’entreprise propose une privatisation partielle. Corollaire immédiat : nouvelle grève.

Jusque là rien de bien nouveau sous le soleil méditerranéen. Mais où ça devient énorme, c’est quand le STC détourne le Pasqual Paoli (rien avoir avec un aïeul de notre Caskos), mais un bateau fleuron de la SNCM au nom du célèbre libérateur de ce fier peuple corse.

Qui dit détournement dit intervention du GIGN. Logique ! Enfin pour moi et pour tout républicain et démocrate qui se respecte. Et là, quelle ne fut pas ma surprise d’entendre des gens (notamment de la LCR et autres forces de gauche progressiste) s’indigner de l’intervention du GIGN : ces salauds à la solde d’un Etat totalitaire et policier qui empêchent de braves travailleurs de clamer leurs revendications. Hallucinant ! Donc chers employés d’Air France si vous souhaitez une augmentation, n’hésitez pas détourner un 747 !

Mais ça ne s’arrête pas là car les cagoules rentrent en scène : Le FLNC canal historique du 22/10 (à ne pas confondre avec le FLNC du 12/12 ou le FLNC canal des unijambistes amateurs de bobsleigh à 4) menace de mort les repreneurs potentiels de la SNCM.
Alors, je m’interroge le FLNC est bien un mouvement pour l’indépendance de la Corse et là si je comprends bien, il s’oppose au retrait partiel de l’Etat français du capital de la SNCM : c’est plutôt positif ?
Je ne veux pas plaindre les repreneurs de la SNCM, qui ne font acte de philanthropie, mais quand même investir dans une société au bord de la faillite, rongé par les syndicats et infestés d’employés corses à coté du quel Stakhanov est une grosse feignasse, c’est déjà courageux mais en plus risquer sa peau : je serais corse je dirais merci de sauver la boite plutôt que de mettre tout le monde au chomdu.
Au fait, STC vous savez ce que ça veut dire ? Syndicat des Travailleurs Corses…..Je me gosse ! Ne serait ce pas antinomique ? Travailleurs & Corses ?

Voilà j’en termine pour ma première contribution en disant que la Corse c’est magnifique et j’adore cet endroit et j’y retournerai (en avion !). Mais qu’elle est quand même peuplée de quelques têtes de cons de haut niveau, je dirais même de classe mondiale !

Jean-Michel Enervé MENAUDIERE

lundi, octobre 10, 2005

Ma chanson leur a pas plu

A ceux qui craignent encore un blabla cosmique, une épreuve alambiquée aux mille et un tiroirs, je vous épargnerai cette fois-ci. Sujet concret, donc : la chanson. Parmi nous, et pour ne citer que lui, il y a bien entendu le Grand Jbeb, qui a vécu un temps de sa plume et de son talent. Mais il y en a aussi d’autres au potentiel qui n’est plus à démontrer. On a tous dans le cœur un vieux scooter de rêve… et une chanson à faire exister. On a tous en nous un parolier. Ca me turlupinait depuis une conversation au cours de laquelle un ami jbeb me faisait part de ses difficultés à se confier au papier dès lors qu’il s’agissait d’un texte de chanson. Il existe tant de types de chansons différents, tant de manières de développer un thème, une histoire, une atmosphère, qu’aucune recette, aucune façon idéale ne peuvent être sérieusement dégagées pour ‘théoriser’ l’écriture. Alors une chanson, ça s’écrit comment ?

De la forme traditionnelle couplet-refrain à la litanie ponctuée par un leitmotiv, en passant par le rap ou le poème mis en musique façon « Si » de Lavilliers, il existe moult façons de marier les mots et les mélodies. Et ce, dans tous les styles: pop, gothique, porn ballade ( Magalie), groove éthnique ou flower pop. En réalité, une chanson réussie relève d’une sorte d’alchimie mystérieuse qui nous échappe. On peut cependant observer quelques règles élémentaires.
Tout d’abord, le respect de la valeur sonore du mot sur la musique. Je veux parler du fameux accent tonique. Et par extension, le fait d’assumer la sonorité du mot à travers l’interprétation. On se souvient de ce texte laborieux du baryton (pouf pouf) Sir Pagny: « Presse qui roule, pas vraiment cool, presse qui roule me casse les couilles …» Aïe aïe aïe… Pour le coup, il en fallait pour chanter ce texte au lyrisme bovin… Il y a des mots, des phrases, qui ne sont pas chantables, tout simplement.
Ensuite, il faut refuser de se soumettre systématiquement à la rime du genre AABB, ABAB, BAAB ou pourquoi pas ABBA ! : « Elle suce ma pine derrière l’usine » est une rime facile et n’est pas digne d’un grand auteur … (mais quelle interprétation !!)
On doit également tenter de varier les métriques et ne pas user à tour de bras de l’octosyllabe et de l’alexandrin, ces techniques scolaires dont on nous a abreuvés. Se mettre en danger sur le plan de la forme est une exigence souvent salutaire. Prenons l’exemple de Souchon : il fait preuve d’une superbe « nonchalance métrique », il y a des ruptures de rythme dans ses textes. Il surprend. Il nous émeut par son apparente naïveté d’écriture.
« Quand j'serai K.O
Descendu des plateaux d'phono,
Poussé en bas
Par des plus beaux, des plus forts que moi,
Est-ce que tu m'aimeras encore
Dans cette petite mort ? »
Enorme…
Il faut aussi, me semble-t-il, éviter les mots tourbés (gimmick coléoptère…), flous, éthérés ou abstraits. Dire le maximum de choses dans le minimum de temps… Admirable dans cet exercice, monsieur Goldman maîtrise l’art d’économiser les mots.
« Coule la pluie, cheveux et veste
Mouille ce qui ne pleure pas
Marcher le long de rues désertes
Où tu me manques pas à pas »
Là où Goldman est passé, inutile de s’y essayer: il a tout dit, et de la plus belle façon qu’il soit.
Enfin, il faut mettre de la vie dans les chansons.L’auditeur doit pouvoir toucher, sentir, ressentir, voir et imaginer.
« Le cœur bien au chaud
Les yeux dans la bière
Chez la grosse Adrienne de Monthalant ».
Là, on y est…Là, on voyage! Mais bon, c’est Brel… Faire simple sans faire banal. Ne pas être trop précieux, ampoulé ou sophistiqué et éviter le jeu gratuit des figures de style dans le simple but d’épater la galerie.
« Quand il me prend dans ses bras
Il me parle tout bas
Je vois la vie en rose
Il me dit des mots d’amour
Des mots de tous les jours
Et ça m’fait quelque chose »
Autodidacte sans dispositions particulières, la Piaf, il paraît et pourtant…Sur le papier, ça n’a l’air de rien, mais en réalité, c’est l’air de tout le monde qu’elle chante là. C’est de l’amour qui prend la parole.

Comment écrire une chanson ? Je me le demande à chaque fois que je m’y atèle. Et le processus n’est jamais le même. Ecrire est un acte violent en soi, car personnel, introspectif. Et ceux qui se sont prêtés à l’exercice le savent. Coucher son âme ou son humeur sur le papier, même s’il s’agit d’un texte ‘léger’, en seulement quelques lignes, revient à travailler sans filet.
A part ça, si tant est que l’on veuille gagner sa vie en cultivant ce vieux rêve, au-delà de la difficulté d’écrire, il y en a une autre, celle de bénéficier des fruits de sa création. Il est de bon ton en ce moment de prétendre que refuser l’exploitation gratuite des œuvres de l’esprit est liberticide. Un collectif d’artistes français dans le vent s’était réuni il y a quelque temps pour défendre cette idée qu’il est viscéral de protéger l’industrie musicale du piratage et de préserver de fait la rémunération des créateurs et autres métiers dérivés. Moi qui télécharge parfois chez mes amis jbebs des musiques et des films, j’en conviens qu’il est paradoxal d’accuser ces mêmes artistes, sans lesquels les œuvres n’existeraient pas, d’être des ‘empêcheurs de culture’ alors qu’ils la créent ! Divagations contemporaines…
Il faut espérer que le bon sens l’emportera et qu’un jour, moi aussi, sans recette, ni piston, et sans trop de savoir-faire, mais avec beaucoup de volonté et d’amour, je réussisse à faire vivre une belle chanson et pourquoi pas commencer et continuer à en vivre…Si ce n’est pas moi, ce sera un autre, mais pourvu que ça dure! Sinon on aura plus qu’à jeter nos crayons et déposer nos larmes sur la portée du bon vieux temps.

Et Mozart, Hendrix et Brel seront morts une deuxième fois.

Koh-Koh.

mardi, octobre 04, 2005

Né sous X* (volume 1)

Je vous propose de brosser quelques portraits d’hommes et de femmes qui ont fait l’industrie du X, acteurs et actrices de films pour Nous. Mon premier invité nous vient tout droit du Canada (terre de plaisirs à ce que l’on rapporte !), il n’est pas aussi célèbre que Rocco Siffredi, mais possède une filmographie aussi longue que la star transalpine. J'ai l'honneur de vous présenter, Peter North. «Entre ici sémillant étalon au Panthéon des cascadeurs de la biroute».

Ma première rencontre avec le hardeur a eu lieu au détour du matage d’une bonne vieille cassette de boules, louée avec l’accord tacite de Patrice, employé au Vidéo Club d’Alfortville, qui n’émettait aucune réserve à la location de films pourtant prohibés aux moins de 18 ans car lui aussi en mater toute la sainte journée en loucedé. J'avais pris soin de louer ladite vidéo accompagnée des deux grands succès du moment à savoir «Retour vers le Futur» et «Le flic de Beverly Hills», précaution qui évite de passer pour un gros pervers ! Cette location était rendue possible par la bonne idée qu'avait eu mon paternel d'acheter son premier magnétoscope afin de pouvoir suivre avec assiduité la Coupe du Monde de Football 1986. Je me contentai pour ma part, bien que fan de football, de m'esbaudir devant les croupes mondiales que le gentil VHS allait pouvoir me permettre de regarder.

Cette vidéo, dont le titre était «Sky Foxes» (que l’on peut traduire approximativement par «Les Chiennes de l’Air»), mettait en scène les turlupinades de stewards et d’hôtesses s’envoyant en l’air au (pas) propre comme au figuré. Du bien nommé (big)cock-pit à la (grosse) queue de l’avion , tout en passant par les toilettes, Peter North enfilait ,indifféremment, collègues de travail (les fameuses P.N.C «Pénétrées Notoirement Cochonnes») et passagères soignant gaillardement leur aéroacrophobie.

Il sortait son double décimètre aussi vite que le commandant de bord (qui se faisait joyeusement astiqué le manche) sortait le train d’atterrissage de son gros avion. Le film était joyeux et festif, les acteurs prenaient beaucoup de plaisir, et quelques prises de vue effectuées prés d’un aéroport au moment du décollage de beaux avions permettaient de meubler entre les scènes. En bref, du bon film de boules des années 80, à l’ancienne avec quelques doggy et quelques missionnaires.

Peter North se distinguait des hardeurs de l'époque par un physique avantageux composé d'un torse défolié soumis aux rudes lois du Bodybuilding, d’abdominaux tablettes de chocolat, d'un teint halé et d'un brushing tirant parfois vers la coupe de cheveux «joueur de football ouest-allemand période Littbarski», court sur les côtés et nuque longue.

Le look était très California Style, il contrastait avec celui des stars de l'époque comme Ron Jeremy dont le physique ingrat et l'apparence homme de Cro-Magnon avec torse et épaule «option moquette», bedaine du leveur de coude et moustache de beauf, lui avaient valu, dans le métier, le doux surnom de The Hedgehog (le porc-épic en français dans le texte).

Peter North ne ressemblait à aucun autre camarade de travail, ni à Joey Silvera dont le physique de voisin de palier et la ressemblance avec Rudi Voller était troublante aux yeux du fan de foot que j’étais déjà, ni à Tom Byron dont le look d’éternel adolescent acnéique n’était compensé, à mes yeux, que par la gloire d’être le boy friend officiel de Traci Lords dont nous aurons l’occasion de reparler (de Traci, pas de Tom …).

Peter North enquilla films et partenaires féminines, à une époque où, autant la consommation de jeunes femmes était galopante, autant le bataillon des centurions du sexe était congru. Notre ami bien membré devint une des valeurs sûres de l’industrie du X et tous les (a)mateurs de films «pour nous» l’auront aperçu, au moins une fois, au détour d’une DP ou d’une éjac’ faciale. Nous passerons sous silence, faute d’intérêt et d’information, sur son époque films Gay, elle n’est pas restée dans les annales (sauf peut être dans celles de ses partenaires), époque où l'on peut penser qu'il a plus donné que reçu.

Mais l’originalité de notre homme ne tient pas tant dans la perfection d’un pectoral amoureusement sculpté ou d’un brushing résistant aux 69 les plus torrides que dans une particularité physique que l’on peut qualifier de niagaresque.

Muni d’un mandrin de taille réglementaire, toujours dressé aux quatre vents, Peter North, une fois le coït venu, possède la plus jaillissante et débordante livraison séminale du métier. On peut considérer notre homme comme le premier producteur mondial de sirop de corps d’homme.
Ce sont des torrents, que dis-je, des chutes abondantes qui s’abattent sur ses partenaires féminines. Cette propension à l’ouragan séminal lui vaut, chez les initiés, le surnom de Geyserman, et d’avoir noyé des collègues de boulot, cassé les paires de lunettes d’actrices placées trop près de l’objectif et douché (!) les (h)ardeurs de jeunes débutantes. Les assistants de plateaux où notre héros tournait ses films ont encore en mémoire les longues heures de nettoyage occasionnées par le flot de l’artiste.

Le très séminal Peter North est devenu au fil des années une des vrais stars masculines du genre, il a vite convergé vers les juteux profits de la net économie en créant un des plus lucratifs sites de boules sobrement nommé Peternorth.com (et pas cum comme certains auraient voulu l’écrire) sur lequel il propose ses réalisations les plus récentes, prouvant par là-même qu’à bientôt 50 ans il est toujours aussi prolifique.

Celui que les américains ont rebaptisés «Cum Master», celui qui a prêté sa vigoureuse anatomie à la confection de bâton de joie destiné aux dames (le fameux Peter North Ejaculation Cock), celui dont les traits physiques peuvent faire songer à un croisement entre Larry Manetti de Magnum et David Pujadas du Journal de 20 heures, est sans conteste une des seules icônes du X.

Le X du début des années 80, celui de la mythique San Fernando Valley californienne, temple des tournages où le silicone commençait à peine à fleurir aux balcons des prétendantes peroxydées, où les tatouages n'étaient portés que par quelques amazones avant-gardistes, un temps où la mode était aux marques de bronzage qui dessinaient des seins et des fesses à la blancheur cocaïne. Une cocaïne qui traînait sur des plateaux de tournages où l’on baisait à couilles rabattues et sans préservatif et où l'on ne savait pas que plusieurs des protagonistes de cette belle orgie finiraient six pieds sous terre , balayés par le Sida qui s’invitait au bal insidieusement.

Peter North est passé entre les gouttes de ce raz de marée bien moins sympathique que celui dont il gratifia ses complices du métier et il continue de faire reluire des partenaires qui ont l'âge d'être ses filles.Il déverse son sirop d'érable à tout bout de champs et a ,au fil des années, fait sienne la devise de Larousse, «Je sème à tout vent».

ShooShoo

* titre by courtesy of Le Rouquin (merci vieux partenaire d'écriture)