Pour mon retour aux affaires sur ce jbeblog que j’ai malheureusement déserté ces derniers mois, je cherchais un sujet qui me tenait à cœur, j’avais envie de prendre la parole en tant que « fan » (si vous voulez bien me passer ce terme un peu midinette…) de longue date, et je voulais parler musique.
Cela étant posé, le choix de sujets a commencé à se restreindre sérieusement…J’aurais ainsi pu évoquer H-F Thiéfaine, Ben Harper, Bertignac ou encore Miossec (et oui, j’ai toujours eu une certaine tendresse pour le Brestoâââ…), mais ce sera pour une autre fois.
En effet, chronologiquement, ma rencontre musicale avec vous me semble être la plus ancienne de celles qui comptent encore pour moi aujourd’hui…
Resituons le contexte…
Nous sommes en 1988, j’ai dans les 16 ans. Musicalement, je reviens de loin : avant le lycée, je me rappelle avoir acheté une cassette de Genesis (« Invisible touch », pour être précis. Je ne renie pas en bloc, mais je pense que j’aurais du mal à l’écouter aujourd’hui…), et surtout une
autre de Richard Marx (« Repeat offender », si je me souviens bien, tout émoustillé que j’étais par le tube lacrymal « Right here waiting »…Là, j’ai plus de mal à assumer…). A ça vient s’ajouter la soupe FM que sert Radio Contact (l’ancêtre briochine [de St Brieuc…] de NRJ, qui arrivera un peu après). Autant dire que je suis encore loin de la rock’n’roll attitude…Fort heureusement, arrive le lycée et la rencontre avec un copain qui m’initie à Dire Straits : là, je commence à remonter la pente, je m’intéresse au son de la guitare, aux vraies bonnes chansons, à l’instrumentation, etc…Mon identité musicale commence petit à petit à se dessiner, mais je ne suis pas à l’abri d’une rechute : ainsi, toujours pendant l’année de seconde, un autre copain réussit à me convaincre que Barclay James Harvest (groupe anglais qui fait de la musique progressive, une sorte de sous-Queen), c’est vachement bien…
Toujours est-il qu’en ce samedi de 1988, je traîne dans ma chambre avant d’aller à mon entraînement d’athlé (à l’époque, je ne suis pas encore « tout pour la musique », mais plutôt « tout pour le sport »…D’ailleurs, je n’ai appris l’existence des filles que bien après, on ne peut pas tout faire en même temps…), avec RFM en fond sonore (c’était bien avant l’époque « La radio en or », et donc encore écoutable, comme va le prouver ce qui suit), quand soudain… !!!
Une intro lancinante et déchirante à l’harmonica vient de remplir l’espace de ma chambre d’ado ploufraganais…Ni une ni deux, je ne sais pas pourquoi, mais cette chanson que je n’ai encore jamais entendue, en une fraction de seconde j’ai envie de l’enregistrer…Heureusement, je suis un garçon organisé, et j’ai une cassette vierge déjà installée dans mon magnéto : j’appuie sur REC et j’écoute, pour m’assurer que le reste est à la hauteur de la 1e seconde…
C’est donc mon 1er contact musical avec vous, mon cher Bruce, et il s’agit de « The river », ballade à la mélancolie chevillée au corps, tirée de l’album du même nom (sorti en 1980) : l’histoire de 2 jeunes prolos du New-Jersey, trop vite mariés, trop vite parents, trop vite au chômage, avec cette envie d’en finir suggérée dans ce texte d’une grande force…C’est sûr, ce n’est pas « Tirilipimpon sur le Chihuahua » ou « Le petit bonhomme en mousse » : pour le côté gaudriole on n’est pas à la bonne adresse, mais putain, quelle chanson ! En plus, vous
l’interprétez (le mot est même faible) de votre voix rocailleuse qui prend aux tripes, soutenu par un groupe où tout le monde est à sa place, où personne n’en fait des tonnes, entre harmonica, guitare acoustique et piano…D’ailleurs, pour vous montrer que je ne suis pas un « fan » au sens « fanatique » du terme, permettez-moi de vous dire que cette sobriété n’est pas ce qui vous a le plus caractérisé à certaines époques, mais j’y reviendrai un peu plus tard…C’était donc en 1988, mais cette première étape importante n’a pas eu de suite immédiate : il a fallu attendre 1992 et mes grands débuts à l’harmonica pour voir réapparaître cette chanson, et vous avec, dans mon univers musical. En effet, alors qu’on était en Ecole de Commerce avec mon ami Tuff, celui-ci avait organisé une soirée guitare avec une apprenti-chanteuse que je kiffais sévère…Et bien sûr, pour ne pas faire banquette, musicalement parlant, je suis allé m’acheter un harmonica et une méthode 2 ou 3 jours avant, histoire d’emballer avec « Michaël est de retour », Do-Fa-Sol (c’est bien connu, l’harmonica, c’est l’arme au Nico…).
Tout ça pour dire que je n’ai pas conclu avec Céline H, l’apprenti-chanteuse en question (syndrome « friend zone », je pense…), en revanche le duo guitare-harmonica avec Tuff s’est bien installé, et « The river » a été le premier morceau qu’on a travaillé ensemble, et qu’on a joué lors de nombreuses soirées (y compris lors de la soirée café-théâtre, devant toute l’école, ma 1e scène…), dans une version plutôt approximative techniquement (comme en témoignent certains enregistrements de l’époque)…Mais comme ni nous ni la grande majorité de nos « publics » ne s’en apercevait, ça ne gênait personne, et Tuff et moi, on interprétait ce morceau avec une fraîcheur et une candeur plutôt touchantes, quand on y repense…
Mais si vous vous résumiez à un seul morceau, si vous n’aviez été qu’un « one-hit wonder » ou si, au mieux, vous n’aviez sorti qu’un bon album et basta, on n’en serait pas là, je ne serais pas en train d’écrire un article sur vous dans le Jbeblog au lieu de regarder Fogiel en ce dimanche soir…

Ce qui est étonnant chez vous, pour ne pas dire fascinant, c’est la richesse et la variété de votre discographie, entre « Greetings from Asbury park, N.J. » (1973) et « Devils & dust » (2005) : l’encombrant héritage dylanien des tout débuts s’est vite transformé en un talent unique pour raconter l’Amérique des perdants, ou simplement des petites gens, des « blue collars », l’Amérique de ceux qui sont passés à côté du « american dream »…Les années 80 vous ont vu, à l’apogée de votre popularité, incarner à votre corps défendant l’Amérique reaganienne, alors que «
Born in the USA », promu comme quasi-hymne officiel par Reagan lui-même (qui n’avait dû lire que le titre), prétendait au contraire traiter des retombées psychologiques de la guerre du Vietnam…L’album « Born to run » (1975) avait déjà de quoi tromper tous ceux qui ne prenaient pas la peine de lire vos textes : ainsi, la chanson titre, sous des dehors d’hymne exalté, était en fait la chronique d’une jeunesse flouée, écrasée par des mythes inaccessibles (l’ « american dream », encore).Cela dit, pour être franc avec vous, ce n’est pas ce
tte période des
années 80 que je préfère, trouvant les arrangements de votre groupe souvent pompiers, et votre look « Rambo » de l’époque, disons…discutable.En revanche, quand vous revenez en 1994 avec « Streets of Philadelphia », votre son a changé, votre look aussi…Votre charisme et votre talent de songwriter, eux, sont toujours là…C’est particulièrement flagrant quand sort « The ghost of Tom Joad » (1995), album solo acoustique, sous-titré « Douze chroniques sur les oubliés de l’Amérique », où vous évoquez entre autre le fantôme des « Raisins de la colère » de John Steinbeck. Il n’y a pas à dire, quand vous vous installez devant votre 4-pistes avec votre guitare en bois pour parler de la face sombre de votre pays, ce n’est pas gai, mais c’est fascinant…
Et vous enfoncez le clou, dans un autre genre, avec « The rising » (2002), album entier post-11 septembre, où vous parlez de la douleur, de l’absence, mais aussi et surtout où vous exhortez vos compatriotes à se relever de cette épreuve et à regarder devant eux. Encore une fois, la cohérence et la force de cet album, en prise directe avec le peuple américain, sont impressionnantes…
Alors, que retenir de vous, finalement ? Peut-être simplement que vous êtes un raconteur d’histoires hors pair, doublé d’un compositeur extrêmement effic
ace…J’ai encore pu le constater très récemment, alors que j’étais tombé, au hasard de téléchargements sur Shareaza (je sais, c’est pas bien), sur l’émission « Storytellers – VH1 », qui se trouve être ce que j’ai vu de plus fascinant depuis longtemps en matière d’émission musicale. Le concept est d’une simplicité biblique : pas d’animateur, un public respectueux qui ne joue pas aux otaries pavloviennes, et un songwriter confirmé vient jouer certains de ses morceaux en solo et surtout les expliquer (inspiration, contexte de l’époque, références, etc…). Autant dire que vous êtes le client idéal pour une émission de ce genre, et que vous voir reprendre en acoustique certain
s de vos hymnes des années 80 (« Thunder road », « Born to run », entre autres), tout en faisant preuve de pas mal d’auto-dérision sur certains textes de l’époque, eh bien ça m’a tout simplement scotché…Il y aurait beaucoup à dire encore, mais je vais conclure en mentionnant un autre bootleg récupéré sur Internet : il s’agit d’une séquence vidéo où on vous voit improviser un petit concert dans une rue piétonne de Copenhague, en vous joignant à un guitariste de rue à qui ça a dû faire tout drôle de voir débarquer le Boss, pour un « The river » en duo…Tout ça pour dire que si vous passez par Paris, n’hésitez pas à aller vous balader sur les quais, du côté de Notre-Dame, on ne sait jamais, j’y traîne parfois…(après tout, le 21 juin dernier, on a bien eu Moby qui est passé devant nous à cet endroit…)
2 commentaires:
C'est avec la même candeur enfantine qui précède l'ouverture des cadeaux de Noël que je me suis jeté à yeux perdus dans la lecture de cette chronique "Brucienne". Les souvenirs de l'auteur sont tellement bien partagés que l'on se projette immédiatement dans l'univers musical de ce jeune éphèbe à la roquinitude avérée. Si je suis resté pour ma part scotché à la soupe des 80' j'ai découvert sur le tard les mérites du bon vieux rock grâce à toi, vieux pansement, et notamment les écrits et les chants de ce bon vieux Patron qu'est le Springsteen. Merci pour cette plage d'écriture qui donne irrémédiablement envie d'aller s'écouter un bon vieux Bruce, tranquille, décontracté du conduit auditif .Shoo2
Salut le rouquin! Je ne savais pas que nous avions Bruce en commun. Il y a très longtemps qu'il m'accompagne. Pas un jour sans Maria's bed, With evrery wish, My hometown, Pony boy, Nebraska et ces dizaines d'autres titres qui vont droit à l'âme. Merci d'avoir mis en avant son Amérique plus mélancolique que patriotique. Bruce Springsteen est tellement à mes côtés que pour ma part je ne souhaite surtout pas le rencontrer. Je ne supporterai pas de découvrir qu'on ne se connait pas. Je pourrai bien y perdre une partie de moi-même...
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